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QUAND LES FEMMES PRENNENT LA PAROLE DANS LA BIBLE - La Civilta Cattolica en français
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QUAND LES FEMMES PRENNENT LA PAROLE DANS LA BIBLE

Les récits d’origine sont quelquefois bien déroutants. Quand le Seigneur Dieu présente à l’homme la femme qu’il vient de tirer de son côté, Adam s’écrie, en jouant sur les mots (Gn 2,23) :

 

« Cette fois-ci, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair !

Celle-ci sera appelée « femme » (’iššâ), car elle fut tirée de l’homme (’îš), celle-ci ! »

 

Et le lecteur partage l’émerveillement d’Adam qui a enfin trouvé « l’aide qui lui serait assortie ». Toutefois, cette première réaction ne saurait résister longtemps à un minimum de réflexion. Et tout d’abord, on s’étonne qu’il parle de la femme à la troisième personne du singulier : il parle d’elle, mais il ne lui parle pas. Et, si l’on poursuit la lecture jusqu’à la fin de l’histoire du premier couple humain, on se rend compte qu’Adam n’adresse pas une seule fois la parole à sa femme, et réciproquement, par conséquent. Que voit Adam dans la femme que Dieu lui présente ? Rien d’autre que son propre reflet : « l’os de mes os et la chair de ma chair ». C’est ce qui s’appelle du narcissisme. Il écarte la différence, donc la complémentarité[1].

Comment alors s’étonner que, lorsque Ève enfanta son premier fils, elle dit, en jouant sur le sens du nom de Caïn : « J’ai acquis un homme de par Yhwh ». Ce qui est une manière de mettre Adam, son mari, hors-jeu ! Il n’est pas étonnant que le mutisme qui caractérise le premier couple se transmette à la génération suivante. En effet, selon le texte hébreu, aucune parole n’est échangée entre les deux frères, Caïn et Abel : « Caïn dit à son frère Abel et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua » (Gn 4,8). La traduction grecque des Septante a comblé ce qu’elle a compris comme une lacune en ajoutant : « Caïn dit à son frère Abel : “Allons dehors”, et… ». Abel meurt sans avoir rien dit à son frère. Il meurt sans avoir donné la vie. Il mérite bien son nom d’Abel, hebel en hébreu, qui signifie « buée », « vapeur », « vacuité », « inanité ».

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Roland Meynet SJ

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